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Clair obscur


Il n’était que dix heures et déjà le soleil éclaboussait l’île. La route pareille aux femmes constellées de perles d’eau, luisait. Elle ressemblait à une mue visqueuse projetée sur le blanc du ciel. Sur les bas-côtés, devant les maisons, les gens recherchaient l’ombre, s’essuyant le visage du revers du bras. Les têtes étaient basses, les volets fermés. Pas un souffle ne rafraîchissait les rues. La montagne se projetait dans une mer d’huile, masse sombre inquiétante, au travers de laquelle la ligne noire de la trace se frayait un chemin.

 

L’atmosphère était étouffante, la progression difficile, l’air rare. La lumière elle-même perçait difficilement la luxuriance de la forêt primaire. Seules, les siguines géantes, gorgées de l’humidité ambiante, se balançaient de plaisir et les lianes exubérantes se lançaient à l’assaut des maîtres arbres.

Tout à coup, le chemin épuisé de trop monter, dégringola vers le bas. D’un rocher à l’autre, sur l’argile glissante, il tombait vers on ne savait quel abîme. Nous décidâmes de l’accompagner jusqu’au bout, nous retenant aux lianes bienveillantes.

En bas,

Tout en bas,

Une trouée de lumière, le clapotis d’une rivière étincelante comme écailles de poisson. Un gué inondé et sur l’autre rive, une ancienne passerelle abandonnée. Une invitation à suivre le fil de l’eau, à profiter de sa fraîcheur.

 

Précautionneusement, à petits bonds parcimonieux,  pieds nus, nous partons à la recherche du trou d’eau idéal.  Au détour d’un rocher, la rivière s’incurve dans la lumière et nous offre l’endroit idyllique pour une pause. Une large baignoire et, à quelques enjambées, l’ombre protectrice de grands arbres.

 

Personne. Nous sommes seuls dans le grincement assourdissant des cigales.  Eclats d’or du soleil entre les branches, irisation de l’eau qui court entre les pierres, ombre des rochers sur le lit sablonneux du torrent. Tout proche, en aval, le grondement d’une petite chute, saut léger pour s’amuser.

Seuls, allongés sur la pierre blanche.

 

Deux silhouettes. Au loin. Bondissent, pas de danse, de pierre en pierre. Joyeuses et bavardes. Cabrioles de chèvres souples. De pierre en pierre. Caracolent. Volent. Planent. Pas chassés. De pierre en pierre. Rapides. Proches tout à coup.

Deux enfants bruns, en harmonie dans la lumière de midi. Mâtins et malins. Courent après le vent léger, le poisson à l’écaille argentée.

-         Descendez le cours de l’eau, dit le plus âgé, après une poignée de main, vous aurez un bassin pour vous baigner.

-         Oui, dit le plus jeune, après nous avoir embrassés, et vous verrez les poissons que nous avons déjà pêchés.

Deux enfants bruns, déjà repartis, silhouettes éthérées, dans la vapeur des heures chaudes.

 

Nous, paresseusement, allongés sur un rocher.

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Eve

Être l'Orpailleur qui cherche l'or sans certitude de le trouver...
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Anne-Laure 03/11/2009 01:27


c'est pratique ! votre week-end raconté déjà en ligne... attention, il ne faut pas tout dire sinon nous n'aurons plus besoin de se téléphoner !!!
Bisous
Très joli !
A-L