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Sur le toit du monde ou presque...

 

La route du Pic Paradis a des allures de Corcovado.


Au bout du monde. Dans un autre monde. La route monte, étroite, à flanc de colline. Quelques maisons massives en façade et par derrière, des cours boueuses, encombrées de bric à brac, chaises en plastique, tables disloquées, vieilles cuisinières remisées, carcasses de voitures hors d’usage. Sur l’île familière, on est étranger. La proximité n’exclut pas la distance.


A mi-pente, on s’arrête. On écoute. Les cris et les rires des femmes qui s’interpellent, houspillent les enfants. On parle espagnol, parfois un anglais émaillé de quelques mots de français ou de créole. La radio, la musique d’une porte à l’autre. On est ici, on est ailleurs, avec ses repères que l'on perd aussitôt. On se connaît, on se reconnaît. Une voiture klaxonne, celle du boulanger ou du facteur. La route fait une pause, c’est le quartier des dominicains, vivants et exubérants. Une pause à l’heure de la sieste quand la chaleur assomme et endort. Relents de cuisine et de café.


La route poursuit son ascension vers des hauteurs distinguées. Soleil et vent pour les villas aux parcs ombragés, encombrées de domestiques et de quatre-quatre aux carrosseries blindées. Ici, on domine. La vue plonge au-dessus des mornes jusqu'à la mer en contrebas, l'île plate juste en face.

 

A mi-pente, je me suis arrêté, au milieu des maisons enchevêtrées, emmêlées, retenu prisonnier dans les rets d'une gigantesque toile d'araignée. Une volée de marches de guingois. Ma demeure est là, cernée, au-dessus des autres. Seule, la vue s'évade de la terrasse. Au-delà des tôles et des lignes électriques anarchiques, des toits hérissés de poteaux et tiges de béton armé, des escaliers qui se chevauchent, se superposent, se croisent en un véritable labyrinthe.

Loin. Par delà, les cours et les masures, le béton gris et la terre. Loin, jusqu'à l'eau qui s'étale, immense, accueillante. Jusqu’à la mer ivre de liberté. Sauvage et implacable. Loin, jusqu'à l'île plate et morne, ses barques de pêche, ses longues plages ensoleillées. Loin, tout en haut, jusque dans les nuages.

Dans les rêves.


Mon Pic aride, petit Brésil étriqué.

 

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Eve

Être l'Orpailleur qui cherche l'or sans certitude de le trouver...
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