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Réminiscences

Au réveil, ce matin, les images d'un bonheur simple que je qualifiais, parfois, de simpliste.
Je ne comprenais pas.

Je revois la petite maison plantée au milieu des vignes basses. Les hangars et les bâtiments d'élevage. Dans les prés, les  troupeaux de vaches laitières. Je sens encore l' odeur de l'ensilage et celle du marc qui fermente, en automne.
C'était une maison dont les murs épais et les fenêtres étroites laissaient peu entrer le soleil. Fraîche en été, froide et sombre en hiver. J'entends encore le moteur de la trayeuse de la ferme qui, le matin, nous réveillait. Le bruit des pas crisser sur le gravier du jardin planté d'arbres fruitiers et de parterres de fleurs et de buissons, cernés de plates-bandes antiques.
Je n'aimais pas cette région qui, pour moi, n'avait pas d'âme.
Maintenant je sais que je me trompais.

Ils avaient aimé la maison à la simplicité rustique. Ils avaient quitté la ville et décidé de s'installer à la campagne, loin du monde et du bruit. Peu à peu, ils avaient apprivoisé leur environnement.  C'était leur choix. Ils étaient bien.
Ils avaient appris à prendre le temps, à profiter de chaque instant, de chaque journée.  Ils vivaient à leur rythme. Selon leur goût.
Un rituel s'était instauré.
Le soir, elle préparait déjà la table du petit déjeuner, sortait les confitures, coupait le pain. Le matin, elle se levait tôt et ne commençait vraiment sa journée qu'après avoir pris un copieux petit déjeuner. Lui, se levait plus tard en écoutant les informations. Une fois son café avalé, il se mettait à ses mots croisés. Puis, il procédait à quelques ablutions, se rasait, se vaporisait d'after-shave. Alors, il retournait voir son épouse afin de lui donner à tester sa barbe nouvellement taillée, en un habituel baiser quotidien.
Suivait l'ordonnancement des tâches quotidiennes, toujours le même. Aller au village chercher le pain et le journal, saluer l'un, passer voir l'autre. Lui faire à elle une lecture commentée des faits divers de la région pendant qu'elle s'activait au repas du midi.  Les après-midi étaient réservées aux promenades et aux visites. Ainsi passaient les journées calmes et sans histoires.
La belle saison était plus agitée. C'était l'époque des confitures et de nos visites estivales.
Le déroulement des semaines était fonction de l'état de maturité des fruits et des légumes.
Dans la cuisine d'été, c'était le branle-bas de combat. On réquisitionnait toutes les bonnes volontés, les mains disponibles pour laver, éplucher, couper, mélanger. On mettait en conserve, on faisait cuire les fruits. Il faisait chaud. On transpirait.
Il était hors de questions de repartir sans réserves pour l'hiver !

Lors de chacun de nos séjours,  tout était prévu dans les moindres détails, aussi bien les promenades que les visites ou les repas. Aucune place n'était laissée à l'improvisation. Nous étions pris en charge du début à la fin. C'est ainsi que nous avons appris à connaître les chemins de randonnées, les parcours autour des étangs, les manoirs, les ruines diverses, les musées de village, les potiers.
Les lits étaient faits plusieurs jours avant notre arrivée, les menus préparés, les nappes sorties. C'était une orgie de plats rares ou défendus.
Les enfants étaient à la fête du matin au soir !
La vie avait un goût de vacances.

Ainsi étaient nos parents, modelés l'un à l'autre pendant un demi-siècle, dans l'amour des petits gestes de la vie conjugale et familiale. Tout était simple. La vie glissait facile.

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Eve

Être l'Orpailleur qui cherche l'or sans certitude de le trouver...
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